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ARTEHIS : Archéologie, Terre, Histoire, Sociétés

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Site de Gevrey-Chambertin « Au-dessus de Bergis » et Brochon « Entre Les Ruisseaux » : un vignoble gallo-romain au pied des coteaux bourguignons. (2008-2012)


gev fig.1 vue gene fig.1 copie copieResponsable : Jean-Pierre Garcia (PR. Université de Bourgogne)
Participation de : Florent Delencre (doctorant uB),  Amélie Quiquerez (MCF uB), Gilles Hamm (CNRS, UMR ARTEHIS), étudiants master AGES 2009-2012
En partenariat avec : fouilles préventives INRAP 2008 (R.O. Sébastien Chevrier)
Dates de chantier : fouilles programmées 2009, 2010, 2011, 2012
Financements : Région Bourgogne (programmes DINOS), UMR ARTEHIS

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Le site

Lors du décapage préamable aux fouilels préventives de l’INRAP en 2008 sur le site « Au-dessus de Bergis » (R.O. Sébastien Chevrier), en plus des structures archéologiques attendues, sont apparues  des fosses rectangulaires alignées en au moins 31 rangs orientés presque Nord-Sud  sur plus de 110 m de longueur. Les extrémités sud des rangs sont alignées parallèlement à une structure de parcellaire (haie) qui délimite le lieu-dit « Au-dessus- de-Bergis » au Sud.
Les structures de plantation et l’extension du site ont pu être étudiées lors du chantier d’archéologie préventive de 2008 puis par la suite en fouilles programmées (caampgnes 2009, 2010, 2011 et 2012). Ainsi a pu être délimité l’emprise totale de la  vigne  et son environnement agraire sur la commune de Gevrey-Chambertin et sur la commune limitrophe de Brochon.

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Des traces de plantations de vignes gallo-romaines


L’ordonnancement des rangs laissait penser à la vigne, très présente et célèbre sur la commune de Gevrey-Chambertin, et à proximité même du site, mais aussi à des vergers ou à d’autres plantations arbustives.

Les fosses rectangulaires possèdent des bords abrupts tandis que leur fond n’est pas plat mais présente deux creusements séparés par un « bourrelet » médian. Ce compartimentage bien particulier a été reconnu pour la quasi totalité des fosses. La fouille minutieuse a laissé apparaître pour certaines des rangs concentriques de pierres arrangées autour d’un conduit vertical, rempli de limon brun qui évoquent la présence d’un tronc de végétal tout comme les traces de racines visibles sur les coupes,  un caractère allant dans le sens de l’interprétation de fosses de plantation.
La présence des fosses latérales et moins profondes témoigne de la technique ancienne du provignage destinée à propager la vigne de manière végétative. Elle constitue un critère décisif d’identification de cette plantation comme celle d’un vignoble.
Les dimensions des fosses qui suivent une métrique rigoureuse est peu parlante dans nos unités de mesures, mais quand on l’exprime en pieds romains (1 pied = 29,7 cm), les fosses étudiées ont des dimensions en chiffres ronds: Longueur ≈ 3 à 4 pieds ; largeur ≈ 2 pieds ; espacement ≈ 3-4 pieds ; distance entre les rangs ≈ 10 pieds. C’est un indice pour interpréter cette plantation comme un vignoble d’époque romaine et  on retrouve d’ailleurs ces dimensions dans les recommandations de Columelle et d’autres agronomes latins

Le matériel trouvé dans ces fosses reste pauvre mais exclusivement d’époque romaine : il constitué de rares tessons de céramique émoussés et de débris de tuiles (tegulae). Ces éléments sont les témoins conservés des fumures administrées lors de la culture de la vigne. Les éléments identifiables sont des fragments de gobelets de la fin du Ier ou de la première moitié du IIème s. ap. J.-C, des IIe et IIIe s. (ateliers d’Autun) et des clous, avec parmi eux, des clous de chaussures dont le type est connu au Ier siècle ap. J.-C.
Des éléments d’encadrement chronologique viennent conforter cet âge : installation à la fin du Ier s.-1ère moitié du IIe s., disparition au cours ou après le IIIe s.. Ce sont :
-les ossements d’un  chien déposé dans une fossé (datés par radiocarbone entre 54 av. J.-C. et 71 ap. J.-C)  situés sous les plantations et précédant l’installation du vignoble;
-une haie qui fait limite parcellaire et qui recoupe les rangs de plantations, datée postérieurement au IIIe s. ap. J.-C.
- une structure calcinée avec charbons de bois de noyer, excluant la présence de la vigne à cette époque sur le site, datée du Vème au VIème s. ap. J.-C.

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Un vignoble élaboré


De petits trous de faible diamètre (10 cm au maximum), remplis de limon brun, imprient très superficiellement le substrat à proximité des fosses de plantations. Certains apparaissent alignés parallèlement et à l’Ouest des rangs de plantation, à moins d’un mètre de distance du rang. Ce sont des traces de piquets d’un système de palissage complexe dont àon a tenté uen restitution.
S’il est très vraisemblable que la vigne était conduite sur échalas et sur des perches horizontales de bois ou de roseaux en jugum (« joug ») comme l’indiquent les textes antiques,
une des hypothèses de restitution, fait  imaginer un  système de palissage oblique qui optimise l’énergie lumineuse reçue pour ce vignoble septentrional, installé en plaine humide, pour lequel le séchage des feuilles et des baies par le soleil matinal est primordial, non seulement pour le mûrissement des raisins mais aussi pour limiter les maladies de la vigne.
Ainsi restitué, ce vignoble s’inspire d’un mode de conduite dit « en pergolette », connu encore actuellement dans le nord de l’Italie ou sur les représentations médiévales italiennes des XIVème et XVème s.
Une telle architecture répond aux normes actuelles de production viticole et avec 2000 à 3000 pieds/ha,  le vignoble antique de Gevrey-Chambertin serait proche, par son mode de conduite palissé, de l’optimum associant production en quantité, production de qualité, et ressource en eau.

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Délimitation du site


Le vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin s’insère dans un ensemble de cultures et d’exploitations agricoles gallo-romaines dont témoignent le réseau des villae de la plaine de la Sâone. Si sa limite est n’est pas connue, le vignoble apparaît limité au sud par une haie ou palissade. Des prospections géophysiques magnétiques et des sondages ont permis de placer sa bordure ouest et Nord (haies) ce qui porte la superficie connue de la vigne à 125 m x 250 m environ, soit à près de 3 ha. De même, il fallait s’attendre à trouver à proximité du vignoble des bâtiments d’exploitation comme l’on montré d’autres cas d’études de vignobles antiques en France (Hérault, Drôme, Var, Gard, Vaucluse, Charentes, Rhône etc.)  qui sont souvent immédiatement adjacents à des bâtiments de villae. Ces lieux de production de vin possèdent des pressoirs, fouloirs, chais qui laissent des traces archéologiques. Cependant les prospections géophysiques n’ont pas permis de localiser ces bâtiments qui ont peut être été détruits par les aménagements à l’Est de la vigne, sous la zone industrielle de Gevrey-Chambertin-Brochon.
En revanche, ces prospections ont permis de mettre au jour des fosses dépotoirs et une occupation du Néolithique moyen inédites (Chasséen de plaine) qui seront publiées à la suite.

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La question des terroirs viticoles

Le vignoble antique de Gevrey-Chambertin est, à ce jour, le premier argument direct et le plus ancien de la viticulture antique en Côte-d’Or après les pépins de raisin datés de 254 ap. J-C, trouvés dans la villa viticole  des Tuillières à Selongey (Côte-d’Or). Il rejoint les arguments indirects (pollens, outils, restes organiques, mobilier) d’une production viti-vinicole locale au  IIème-IIIème s. et peut-être même à partir du milieu du Ier s.  en Côte-d’Or.
Ces vignes gallo-romaines participaient au vignoble de la cité des Lingons ou de celle des Eduens que décrit, dans leur décrépitude, le célèbre panégyrique de 312 ap. J.-C. en l’honneur de l’empereur Constantin (Panégyriques latins VI, 4-8). Sa situation est conforme à cette description du Pagus Arebrignus (la Côte de Nuits et de Beaune), pays doté de vignes, entre la Saône et les hauteurs rocailleuses « sûrs repaires de bêtes sauvages », dans la plaine humide en aval des sources du pied des collines, au milieu des marécages, des mares, des canaux et des villae qui exploitent ces terroirs.
Cette situation contraste avec celle que l’on attribue aujourd’hui à un vignoble de qualité en Bourgogne. Appartenant à un terroir situé à  moins de 200 m  des vignes actuelles les plus basses en altitude et dans la hiérarchie des crus de l’Appellation Gevrey-Chambertin,  il constitue de fait un point important pour la compréhension de la construction des terroirs bourguignons, témoignant d’une considération antique pour les terroirs viticoles différente des conceptions médiévales et actuelles qui réservent les coteaux aux meilleurs crus.
Sa situation en plaine pose la question de l’implantation de la vigne sur les coteaux, que la datation des sols viticoles des versants place, dans l’état actuel des connaissances, à partir du haut moyen Âge. C’est dans cette période charnière de l’antiquité tardive, entre le IIIe s. et le Ve s., que se situe ce changement important à la fois climatique, culturel, social, économique et politique, qui est peut-être général en Gaule devenue chrétienne.


Publications principales :

[RAE 2010] Le vignoble gallo-romain de Gevrey-Chambertin « Au-dessus-de Bergis », Côte-d’Or (Ier-IIe s. ap. J.-C.) : modes de plantation et de conduite de vignes antiques en Bourgogne

 brochure gevrey sra  [Brochure SRA Bourgogne n°23]

 

 

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